L'AI Act dans les établissements de santé
La santé cumule les difficultés : des systèmes souvent à haut risque, une double réglementation avec le dispositif médical, un rôle de déployeur mal identifié et des données parmi les plus sensibles qui soient.
Sommaire
Deux règlements qui se superposent
Une aide au diagnostic en imagerie est déjà un dispositif médical, marqué CE au titre du règlement (UE) 2017/745. L'AI Act ne remplace pas ce régime : il s'y ajoute, via l'annexe I.
Conséquence pratique : le système est à haut risque au sens de l'AI Act par la porte de l'annexe I, et non par la liste d'usages de l'annexe III. C'est une distinction qui a des effets concrets, notamment sur la date d'application : 2 août 2028 pour l'annexe I, contre 2 décembre 2027 pour l'annexe III.
L'hôpital est déployeur, pas fournisseur
Un établissement qui achète une solution à un éditeur est déployeur. Ses obligations (article 26) sont réelles mais circonscrites : usage conforme à la notice, supervision humaine par des professionnels compétents, pertinence des données d'entrée, surveillance, conservation des journaux, information des personnes.
Il ne lui revient pas de produire la documentation technique du système, ni de conduire l'évaluation de conformité : c'est la charge du fournisseur.
Sauf si l'établissement développe en interne, appose sa marque, ou détourne le système d'un usage — auquel cas il devient fournisseur. Un outil de planification développé par la DSI place l'hôpital en position de fournisseur.
La validation clinique n'est pas la conformité AI Act
Une confusion tenace mérite d'être levée. La validation clinique d'un dispositif médical relève du fournisseur et du règlement 2017/745. La conformité AI Act est un autre objet : gestion des risques, gouvernance des données, transparence, supervision humaine, robustesse.
Un établissement ne « revalide » pas cliniquement un dispositif marqué CE. En revanche, il doit s'assurer que son usage réel reste dans le périmètre de la notice, et surveiller les performances en conditions réelles — ce qui n'est pas la même chose.
Les systèmes qu'on oublie de recenser
L'inventaire d'un établissement se limite trop souvent à l'imagerie. Or l'IA y est bien plus répandue :
- Chatbot d'accueil ou de prise de rendez-vous — risque limité, mais soumis à l'article 50 dès le 2 août 2026. C'est l'échéance la plus proche pour la plupart des hôpitaux.
- Tri automatisé des candidatures à la DRH — annexe III (emploi), haut risque, avec information obligatoire des travailleurs.
- Optimisation des plannings de blocs — généralement risque minimal, sauf si elle conditionne l'accès aux soins.
- Assistant de rédaction de comptes rendus — risque limité, et attention à l'article 50 si les contenus sont publiés.
- Aide au triage aux urgences — annexe III (accès aux services essentiels), haut risque.
Une règle empirique : le nombre de systèmes d'IA d'un établissement est presque toujours supérieur à ce que la direction imagine, parce que l'IA arrive par mise à jour de logiciels déjà installés, sans décision d'achat identifiée comme telle.
Articulation avec le RGPD
Les données de santé sont des données sensibles au sens de l'article 9 du RGPD. Un système d'IA qui les traite déclenche presque toujours une analyse d'impact relative à la protection des données (AIPD).
Si l'établissement est un organisme public ou fournit un service public, une FRIA peut également s'imposer pour les systèmes à haut risque de l'annexe III. Les deux analyses se complètent : l'AIPD regarde les données, la FRIA regarde les droits fondamentaux.
Enfin, l'hébergement de données de santé impose la certification HDS à l'hébergeur — une exigence française qui se cumule à tout le reste.
Questions fréquentes
Une aide au diagnostic est-elle annexe I ou annexe III ?
Annexe I. Elle est un dispositif médical au sens du règlement (UE) 2017/745, et l'AI Act la qualifie de haut risque par la porte de l'annexe I. Elle relève donc de l'échéance du 2 août 2028. L'annexe III ne comporte pas de rubrique « santé » générale.
L'hôpital doit-il refaire la validation clinique du dispositif ?
Non. La validation clinique relève du fournisseur, au titre du règlement sur les dispositifs médicaux. L'établissement, en tant que déployeur, doit veiller à un usage conforme à la notice et surveiller les performances en conditions réelles.
Quelle est l'échéance la plus proche pour un hôpital ?
Le 2 août 2026, au titre de l'article 50 : tout chatbot d'accueil ou de prise de rendez-vous doit signaler qu'il s'agit d'une IA. C'est bien avant les échéances du haut risque, reportées à décembre 2027 et août 2028.
Un outil développé par la DSI change-t-il quelque chose ?
Oui, radicalement. L'établissement devient fournisseur pour ce système, et hérite des obligations correspondantes : documentation technique, évaluation de conformité, système de gestion de la qualité.
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Aegida a été développé pour la santé et le secteur public : multi-établissements, rôle déployeur, hébergement UE. Démonstration interactive, sans inscription.
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